La relève
Volume 12 No. 1
La rentrée 2009




5. À l’écoute de la relève
Denis Massé, professeur associé, Université de Montréal, professeur retraité des Universités de Sherbrooke et Montréal

7. De la clé de sol à celle de la réussite…
Nancy Lauzon, professeure agrégée, Département de gestion de l’éducation et de la formation Université de Sherbrooke

10. Alexandre Cusson, jeune et atypique directeur général du Collège Saint-Bernard de Drummondville
Daniel Trottier, directeur général, Collège Beaubois

14. La passion selon Josée
Jacqueline Reid, coordonnatrice au développement professionnel, ACSQ

16. De principal d’école ou supérieur à directeur d’établissement au primaire et au secondaire (1840-2009)
André Brassard, professeur associé, Universités de Montréal et de Sherbrooke, chercheur régulier au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)

20. Mme Stéphanie Poissant, directrice des ressources humaines au Collège de Valleyfield
Me Noémie Moisan, conseillère en relations du travail, Association des cadres des collèges du Québec (ACCQ)

25. David Lehoux ou le plaisir de gérer
Sonia Daoust, coordonnatrice à l’administration des écoles, Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP)

28. Une relève qui laisse sa marque sur la formation qu’elle reçoit
David D’Arrisso, candidat au doctorat en administration de l’éducation, Département d’administration et de fondements de l’éducation Université de Montréal

32. Le changement, un investissement qui rapporte !
Jacqueline Reid, coordonnatrice au développement professionnel, ACSQ

34. Le Leadership d’une direction d’école : savoir allier passion et rigueur
Nancy Lauzon, professeure agrégée, Département de gestion de l’éducation et de la formation, Université de Sherbrooke
Serge Bégin, consultant en gestion, chargé de cours en gestion des ressources humaines, Universités de Montréal et de Sherbrooke


39. Actualiser la relève en gestion scolaire
Bernard Dufourd, directeur des services de l’éducation des adultes et de la formation professionnelle, Commission scolaire Chemin-du-Roy

41. Attention à la mise en demeure !
Sonia Daoust, coordonnatrice à l’administration des écoles, Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP)

44. À découvrir
Nancy Lauzon, professeure agégée, Département de la gestion de l’éducation et de la formation, Université de Sherbrooke


À l'écoute de la relève
Denis Massé, professeur associé, Université de Montréal, professeur retraité des Universités de Sherbrooke et Montréal

" Il y a beaucoup de personnes qui m’ont aidée — des collègues, des membres de mon équipe-école, le personnel des services de la Commission scolaire — et qui continuent à le faire. Certains ont énormément d’expérience et d’autres sont jeunes. Je leur dirais : un gros merci à tous ! " (Extrait d’un témoignage)

Le thème de ce numéro de la revue Le Point en administration de l’éducation aborde un sujet qui est et demeure à l’avant-scène de notre réalité scolaire depuis bientôt deux décennies. Son caractère aigu s’est amenuisé, mais l’onde de choc créée par l’entrée massive de nouvelles et nouveaux gestionnaires se fait toujours ressentir, tant dans la vie quotidienne de nos organisations que dans leur culture, leur personnalité, leur âme.

D’entrée de jeu et par souci de transparence, j’avoue mon affection et mon parti pris inconditionnel pour la relève ! Je lui ai consacré toute ma carrière. J’ai vécu au rythme de ses angoisses, de ses inconforts, de ses périodes de découragement, mais aussi de ses aspirations, de ses espoirs, de ses rêves, de ses réalisations et de ses réussites. J’ai souvent été un témoin bien impuissant devant le peu d’attention, d’écoute, de soutien et de considération dont elle souffrait, et ce, tant de la part du supérieur immédiat que de ses pairs.

J'ai ragé contre le climat de suspicion et de confrontation que subissait sans raison cette relève et qui l’isolait, résultat direct d’une approche patronale-syndicale toute manichéenne. Je compatissais avec elle quand elle devait se soumettre à un cadre d’organisation scolaire pointilleux et insensible aux besoins particuliers de son milieu et à l’importance d’une stabilité affective entre les élèves et leurs maîtres. Je trouvais inacceptable, qu’au nom d’une prétendue gestion participative et décentralisée, n’étant la plupart du temps qu’un simulacre de consultation et un délestage de tâches cléricales et secondaires, on embourbe les représentants de la relève dans nombre de tracasseries administratives — qu’on les oblige en plus à s’absenter régulièrement de leur milieu, les privant d’un temps précieux dans leur quête de crédibilité et de leadership auprès de leur équipe école.

En contrepartie, j’ai eu le privilège de les voir s’entraider, échanger idées et outils de gestion, s’inquiéter les uns des autres, s’encourager. Je les ai vus prendre de l’assurance, se transformer et devenir des gestionnaires compétents. Chaque session de formation à laquelle participaient ces nouveaux gestionnaires revêtait un caractère d’urgence, une préoccupation de rentabilité à court terme, un souci d’une plus grande maîtrise de leur rôle et de leurs interventions. Cette relève était critique mais combien reconnaissante vis-à-vis des formateurs qui l’outillaient et lui permettaient de mieux vivre sa période d’insertion professionnelle et de confirmer son choix de carrière.

Aujourd’hui, les membres des cohortes que j’ai eu le privilège d’accompagner ont déjà fait leur dernier tour de piste ou sont engagés dans le dernier droit. La grande majorité ont été des gestionnaires respectés et des leaders influents dans leurs milieux et les communautés qu’ils ont desservies. Certains ont pu transférer les compétences qu’ils avaient acquises en étant appelés à oeuvrer à la direction de commissions scolaires, de cégeps, de collèges privés ou encore de services pédagogiques ou administratifs.

Celles et ceux qui les ont remplacés ou s’apprêtent à le faire ont aujourd’hui la chance de compter sur des programmes de préparation à la fonction et d’insertion professionnelle offerts dans la plupart des universités québécoises. Peu savent que ces derniers s’inscrivent dans une tradition maintenant vieille de 35 ans. En effet, c’est en 1975, à l’Université de Sherbrooke, qu’eut lieu la première session de formation offerte à un groupe de directions d’établissement secondaire. En 1985, ce programme reçut une reconnaissance universitaire et fut crédité dans le cadre d’un diplôme de 2e cycle en administration scolaire.

Au début des années 2000, le ministère de l’Éducation d’alors, en concertation avec les associations professionnelles de directions d’établissement et les universités, et dans le but de professionnaliser la fonction de direction d’établissement, a rendu obligatoire cette formation. Il est bon de rappeler que la popularité de ces premières expériences fut grandement due à une approche pédagogique privilégiant la pratique et à la souplesse du dispositif de formation mis de l’avant.

Ces programmes tracèrent la voie pour le développement d’autres programmes d’introduction à la fonction s’adressant aux directions générales de commissions scolaires, aux directions de centres de formation professionnelle et pour adultes, aux directions d’établissements privés de même qu’à certaines catégories de cadres de services. En somme, ils sont à l’origine de l’infrastructure actuelle des formations offertes au Québec pour préparer, accompagner et soutenir la relève de nos gestionnaires de l’éducation.

Comme nous le rapporte David D’Arrisso dans son article intitulé Une relève qui laisse sa marque sur la formation qu’elle reçoit…, la généralisation d’un programme obligatoire de formation semble avoir changé la donne. S’il faut en croire certaines évaluations faites récemment, tant par le ministère que par le professeur Régent Fortin, les nouvelles directions considèrent que des modifications s’imposent quant aux contenus des formations offertes par les universités — aux démarches pédagogiques qu’elles utilisent — aux cadres d’organisation qu’elles proposent — de même qu’à la concertation et la coordination entre elles, les associations professionnelles et les commissions scolaires.

Monsieur D’Arrisso est d’avis qu’en raison de l’actuelle compétition entre les universités québécoises pour s’assurer d’une clientèle suffisante, les gens de la relève ont appris à magasiner et à faire pression auprès des responsables universitaires. Il attribue à leurs revendications constantes bon nombre des changements apportés depuis l’entrée en vigueur de l’obligation de formation. Il importe cependant de noter que quelques commissions scolaires ne facilitent toujours pas cette dynamique, préférant contraindre leurs nouvelles directions à s’inscrire à l’université qui accepte de se plier à leurs exigences et aux limites qu’elles fixent unilatéralement. Sans nier certains avantages liés à ce type d’entente, nous pouvons nous interroger quant à son caractère éthique et sa portée professionnelle.

De son côté, Bernard Dufourd, dans son article intitulé Actualiser la relève en gestion scolaire, analyse les tendances habituellement adoptées par les dirigeants des systèmes scolaires pour renouveler les personnels de direction. De plus, compte tenu du nouveau contexte de reddition de comptes et du temps que doivent consacrer les directions d’établissements scolaires à la gestion des ressources et aux relations avec la bureaucratie scolaire, il s’interroge sur le nécessaire mais néanmoins difficile partage du leadership et de la responsabilité pédagogique entre la direction et son équipe-école.

Pour sa part, le professeur André Brassard s’attarde à nous rappeler l’évolution de la fonction « direction d’établissement » tout au long de l’histoire de notre système d’éducation public. Il nous conscientise aux multiples changements auxquels ont eu à faire face les nouvelles directions, en particulier depuis le Rapport Parent.

Comme à l’accoutumée, ma collègue Nancy Lauzon s’est surpassée pour nous dénicher deux sources majeures de références en lien avec le thème de La relève. Je savais qu’elle avait du flair mais, cette fois, avec la découverte d’un site nommé « CIRANO », elle fait montre de perspicacité ! Et, pour celles et ceux qui se perdent encore dans l’alphabet intergénérationnel, l’autre site vient vous permettre de faire une mise à jour.

Ce numéro désirait consacrer le plus d’espace possible à des représentants de la relève et vous dévoiler son visage, son vécu et son senti. Pas moins de sept entrevues ou rencontres furent menées par des gens du comité éditorial auprès de nouveaux gestionnaires de divers milieux scolaires. Je vous laisse le plaisir de découvrir leurs « portraits » et de vibrer au rythme de leurs émotions.

Bonne lecture !
CCE MÉDIA
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